Choisir entre REER et CELI

Félix C-Leclerc a répondu vaillamment à mon appel à tous sur Facebook quand j’ai demandé ce que vous vouliez lire cette semaine. Il m’a demandé, entre autres,

« Les pour/contre du CELI/REER selon l’âge de l’épargnant(e) »

J’ai donc pis le taureau par les cornes, fait quelques recherches et j’ai constaté une première chose:

L’âge a pas grand rapport ici, sauf si c’est que pour accumuler des droits de cotisations au CELI, tu dois avoir 18 ans. Et pour cotiser, tu dois avoir 18 ans pour les deux.

Point.

Sauf que…

Sauf qu’on sait que l’âge est corrélé avec le revenu. Plus vous vieillissez, plus vous gagnez d’argent habituellement. Ce n’est pas un lien de cause à effet, mais une simple corrélation. On pourrait penser que plus vous vieillissez plus vous gagnez d’expérience et d’ancienneté, alors votre revenu augmente. Voici une belle formule de régression linéaire pour vous, juste au cas où vous auriez voulu des preuves.

 

Corrélation de l'âge au revenu

Source: Thierry Foucart

 

Donc si l’âge est corrélé positivement avec le revenu, on peut supposer que plus on veilli, plus on fait d’argent. Alors au lieu de se demander comment choisir entre REER et CELI selon l’âge, on va y aller avec le revenu. Je suppose aussi que vous avez entre 18 et 35 ans pour les fins de l’article.

 

Différence du traitement fiscal:

Ce qu’il faut bien comprendre pour la suite, c’est la principale différence au niveau fiscal entre le REER et le CELI.

Le REER, ça reporte votre impôt dans le temps. Vous ne le payez pas aujourd’hui (c’est pour ça que vous avez un retour d’impôts, c’est parce que le gouvernement vous le retourne), mais vous le payerez quand vous décaisserez votre REER quand vous êtes à la retraite. Comme à la retraite votre niveau d’imposition sera moindre, vous devriez en payer moins qu’aujourd’hui et être gras dur.

Les cotisations au CELI sont effectuées avec de l’argent déjà imposé, et ne donnent droit à aucune déductions. Cependant, vous ne serez pas imposés sur vos gains, même si vous penny stocks à l’intérieur de celui-ci prennent 52%. Merveilleux donc, mais aucun retour d’impôt, en échange de quoi vous n’en paierez pas dans le futur.

 

Les niveaux d’imposition au Canada et Québec

Au Canada, le premier 45 282$ de votre revenu est imposé à 15%. Le 45 283e dollar est imposé à 20.5%.

Pour le Québec, le premier 42 390$ est imposé à 16%. À partir de 42 391$, le taux d’imposition augmente à 20%.

Bam!

Ensuite ça monte par palier (voici les paliers d’imposition pour le Canada et le Québec). Plus votre revenu augmente, plus vous payez d’impôt. C’est ce qu’on appel l’impôt progressif.

Mais notre système à le défaut suivant, entre 30 000$ et 45 000$, il existe une espèce de trappe pour certaines personnes, qui se mettent à faire moins d’argent au net quand elles font plus d’argent au brut, surtout pour les familles. La différence est pas énorme, mais ça peut être enrangeant, surtout pour les familles à un seul revenu. Passé le premier palier d’imposition (45 000$), l’effet de trappe s’atténue et vous profitez de vos revenus supplémentaires.

Choisir entre REER et CELI

 

Alors, dans quoi devriez-vous mettre votre argent?*

En bas de 45 000$, je pense que je n’investirais que dans mon CELI, jusqu’au maximum, et ensuite, je prendrais mon REER.

L’idée est que plus votre taux d’imposition est élevé, plus c’est avantageux de souscrire à un REER. C’est surtout vrai quand on dépasse le cap du 45 283$ . En-bas de ça, il existe tellement de programmes et d’avantages fiscaux qu’il est peu avantageux d’essayer de sauver encore un petit peu en cotisant à son REER (sauf si on se retrouve dans la trappe, on peut alors tenter de réduire son revenu imposable suffisamment en y cotisant).

Cependant, si vous vouliez vraiment mettre de l’argent dans votre REER pour le kick, parce que vos parents vous gossent avec ça ou parce que ça fait vraiment hot de pouvoir dire que tu as des REER, vous pourriez aussi simplement reporter vos déductions. En gros, vous mettez 1000$ cette année dans votre REER, mais vous dites dans votre rapport d’impôt, « je ne veux pas prendre mon retour d’impôt cette année, je vais le reporter dans le futur« . Comme quand vous reportez votre crédit d’impôt pour frais de scolarité. Vous pourrez alors utiliser votre déduction quand vos revenus auront augmenté et cotiser quand même maintenant.

Je pense cependant, que quand on a des buts à court-terme (comme une maison, ou des rénovations importantes), le CELI est moins contraignant à cause de l’absence de contraintes sur les retraits. À cause de ça, si mes revenus était de 45 000$ et plus, j’irais avec le REER et mais j’investirais les retours d’impôts dans un CELI (et une partie de mon épargne aussi), histoire d’avoir le meilleur des deux mondes.

Vous voulez faire une simulation d’optimisation? Ouvrez un logiciel de déclaration d’impôt et faites-vous des scénarios en extrapolant vos données de l’an dernier. Je suis sérieuse. C’est gratuit, car vous ne payez que pour envoyer votre rapport à la fin. Donc, vous ouvrez le logiciel répondez au question et faites varier votre niveau de cotisation à votre REER. Vous verrez par vous-mêmes la différence. J’utilise Impôt Rapide. Vous pouvez aussi aller voir un planificateur financier, si vous voulez être absolument certain et rassuré.

L’un des derniers avantages du CELI, c’est que quand vous en retirez de l’argent, ce n’est pas comptabilisé dans vos revenus, donc vous ne payez pas d’impôts sur le retrait. C’est bien pour compléter les revenus à la retraite tout en restant dans un palier d’imposition moins élevé,  et donc vous êtes moins imposés à la retraite! Certains pourraient même conserver le Supplément de Revenu Garanti, gros incitatif.

*Je ne suis pas conseillère en finances 🙂 alors je ne peux pas vous donner de conseils, juste vous dire ce que moi je pense.

 

Pourquoi le CELI plus que le REER dans mon cas?

Qu’est-ce que vous préférez vous, 15% de rabais ou 20% de rabais?

Moi aussi, 20%.

Mon salaire est actuellement plus-bas que 45 000$. En fait, en considérant les revenus du triplex (brut), je suis tout juste à 42 000$.

Comme j’espère qu’un jour, mon salaire dépassera le 45 000$, je préfère retarder mes cotisations REER pour en retirer le maximum plus tard. Surtout qu’actuellement, je suis encore en train de passer tout mes crédits d’impôts pour frais de scolarité, c’est ça qui arrive quand on étudie 7 ans!

La différence de 5%, entre le taux d’imposition de 15% et le prochain à 20%, sur 5000$, ça correspond à 250$ par année de plus en retour d’impôt et c’est pas mal de sous.

En attendant, j’essaie de maximiser mon CELI ( et j’en suis encore loin…) à la place. Comme nous sommes dans une situation où Nico est encore aux études et que nous ne savons pas notre situation dans 6 mois, je suis plus à l’aise avec les choses comme elles le sont.

 

Et le RAP dans tout ça?

La plupart des conseillers à la banque vont vous dire:

« Oui, mais les REER tu peux les utiliser pour acheter une première maison »!

Duh, je peux utiliser mon p’tit cochon aussi! Le RAP n’est pas le seul moyen d’économiser pour une maison. Le CELI est tout aussi valable, de même que le bon vieux compte-épargne, car vous ne devriez pas viser à faire des revenus à partir de votre mise de fonds, mais plutôt à la maintenir en sécurité, loin des soubresauts du marché.

Choisir entre REER et CELI: le RAP

 

L’avantage du REER, c’est de reporter l’impôt. Point. C’est pas parce que vous allez utiliser les fonds pour acheter une maison que soudainement ça vaut plus la peine qu’avant si vous faites encore 20 000$ par an. Le RAP (régime d’accession à la propriété), c’est excellent pour ceux qui gagneraient en-haut que 45 000$, mais ça reste moins avantageux pour ceux qui font moins, surtout si vous avez espérance que votre salaire augmente dans les années qui suivent l’achat de votre maison.

Pourquoi?

Parce qu’avec le RAP, vous devez commencer à remettre l’argent que vous avez sorti de votre REER dans les deux ans qui suivent l’achat. Et toutes les cotisations que vous allez faire pour rembourser le montant que vous avez pris, elles, elles ne généreront pas de retour d’impôts. Ils vous l’ont donné la première fois, donc une fois, c’est assez. Si vous avez pris le maximum de 25 000$ et que ça vous prend 5 ans le remettre, pendant 5 ans, vous n’aurez aucune déductions.

Alors si quand vous avez mis votre argent dans le REER au début, vous faisiez 35 000$ annuellement et quand vous les remettez vous faites 47 000$, vous perdez littéralement de l’argent.

Si vous aviez bâti votre mise de fonds dans un CELI, vous auriez aussi pu l’utiliser pour acheter la maison, sans payer d’impôts ni rien et vous auriez conservé vos droits de REER pour plus tard, quand vous auriez fait 47 000$. En plus, vous n’êtes pas obligés de remettre l’argent dans les 2 ans qui suivent avec le CELI. Moins contraignant!

 

Plus liquide ou moins liquide?

Certains diront:

« Oui mais quand c’est dans mon REER, je peux pas y toucher, donc je ne le dépense pas. »

Je pense que le CELI peut aussi être vu de la même façon, surtout s’il est investi dans des actifs moins liquides, comme des bons, des actions ou un fonds mutuel. J’ai actuellement un compte CELI chez Questrade et croyez-moi, sortir mon argent de là me serait difficile à cause des frais de transactions associés à la vente de mon porte-feuille. Un CELI n’est pas nécessairement toujours investi dans un actif liquide, contrairement à la croyance répandue.

Vous pouvez aussi vous arranger pour avoir un REER super liquide, parce que rappelez-vous, c’est possible d’avoir de l’argent sonnant et trébuchant à l’intérieur d’un REER. Dans un compte-épargne ben ordinaire. Oui, vous payerez de l’impôt et une taxe si vous le sortez de là, mais c’est possible si vous êtes décidé de retirer de son compte REER.

En gros, ce que je veux dire, c’est que vous ne devriez pas compter sur les règles qui entourent un véhicule financier pour ne pas le dépenser. Come on, un petit peu de self-control! 😉 Vous devriez être en mesure de vous dire que vous ne pouvez pas y toucher, c’est pour vous, dans le futur.

 

En gros: l’important c’est d’épargner pour le futur. Le reste, c’est de l’optimisation fiscale, c’est important, mais vous devez commencer par épargner!

 

Passez le mot!
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4 Comments

  1. Bonjour Sara-Jane, cette publication s’adressait-elle aux personnes seules ou également à celles en couple? Votre article est très intéressant et ce qui est écrit me concerne. Cepandant, vous parlez aussi de Nico… J’habite avec mon conjoint depuis 3 ans et je me pose beaucouo de question sur les finances de couple. Est-ce que ça entre aussi dans les sujets potentiel que vous couvriez?

    • SaraJane

      24 août 2016 at 12:13

      Bonjour Kim!

      Merci pour les suggestions, j’adore ça!

      Cette publication s’adresse à tous. Les REER, on prend ça seul, à moins d’être vraiment près de la ligne pour le crédit de solidarité, mais sinon la règle du 45 000$ reste applicable. C’est purement et simplement de l’optimisation fiscale.

      Quand on a des enfants, la donne change parce que les enfants donnent droit à plein de transferts et de crédits d’impôts et souvent les deux conjoints vont tenter de réduire suffisamment le revenu de l’un ou l’autre ou le revenu familial, via le REER pour maximiser leurs transferts. Ça devient plus complexe.

      Le meilleur truc est d’aller sur impôt rapide et de faire une simulation en commençant une déclaration d’impôts. C’est gratuit (tu ne dois rentrer tes infos de paiement qu’à la toute fin et tu n’as qu’à quitter rendue là!) et ça te donne une EXCELLENTE idée. Je l’utilise moi-même pour planifier mes impôts à l’avance.

      Tu peux aller sur ma page Facebook ( Cennes Habitudes) si tu as des questions précises ou suggestions, tu pourras m’y écrire avec la fonction message 🙂

      Merci pour le commentaire!

  2. Quand on a des enfants, il est très intéressant de maximiser les REEE qui sont très généreux. Dans ce cas, il est bon de conserver des droits de cotisations inutilisés aux REER, car si l’enfant n’a pas besoin de tout son REEE, à la fin il faut le fermer et l’idéal c’est de transférer les fonds dans un REER. Mais pour cela, faut avoir encore des droits inutilisés.

    • SaraJane

      6 février 2017 at 7:31

      En effet, surtout avec les subventions méga intéressantes. Cependant, pas d’enfants= pas de REEE. 😛 De plus, tu peux difficilement choisir toi-même les placements à l’intérieur d’un REEE et le gérer toi-même. Les frais peuvent aussi être pharaoniques. Ça peut être un excellent aussi par contre, surtout si tu profites des sous que le gouvernement te DONNE!

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